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« Sciences infirmières : sortir enfin du paramédical »

Pour une reconnaissance du nursing responsable, unitaire et universitaire à l’ère des pratiques avancés.

Le terme « paramédical » : une catégorie obsolète au regard des standards internationaux
Dans la littérature internationale, le terme « paramédical » est quasi absent lorsqu’il s’agit de désigner les professions infirmières. Les publications anglo-saxonnes privilégient les notions de health professionals ou nursing professionals, mettant l’accent sur la responsabilité et l’autonomie.
Nursing Times souligne ainsi que : « Nursing is not an auxiliary activity to medicine, but a profession with its own body of knowledge, accountability and scope of practice »¹. [ Les Sc. infirmieres ne sont pas une activité auxiliaire de la médecine, mais une profession disposant d’un corpus de connaissances propre, d’une responsabilité spécifique et d’un champ de pratique défini. ]
L’usage persistant du terme « paramédical » en France traduit une inertie culturelle et institutionnelle, incompatible avec la réalité actuelle des pratiques infirmières et leur reconnaissance internationale.

Analyse sémantique du nursing : prendre soin comme champ disciplinaire

Le Sc. infirmieres  ne se limitent ni à l’acte technique ni à l’exécution de prescriptions. Virginia Henderson le définissait comme l’aide apportée à l’individu pour maintenir ou restaurer sa santé ou l’accompagner jusqu’à la fin de la vie².  L’ICN (International Council of Nurses) précise que :« Nursing encompasses autonomous and collaborative care of individuals of all ages, families, groups and communities, sick or well »³. [Les Sc. infirmier englobent des soins autonomes et en collaboration, dispensés aux personnes de tout âge, aux familles, aux groupes et aux communautés, qu’elles soient malades ou en bonne santé.]
Cette définition officialise le nursing comme champ autonome et collaboratif, articulé autour : du soin direct à la personne, de la prévention, de la sécurité et de la continuité des parcours.

Le patient au centre : fondement théorique et éthique
Le principe de patient-centred care constitue un pilier des politiques internationales de santé. L’OMS affirme que les systèmes performants sont ceux qui placent « people, not diseases » [persona, non pathologie] au cœur de l’organisation des soins⁴. En effet « The focus of nursing is the person as a whole, not the illness in isolation »⁵. [L’objet central du nursing est la personne dans sa globalité, et non la maladie isolée. ]
Cette centralité implique une responsabilité organisationnelle et clinique spécifique, exercée en permanence par les infirmiers, y compris dans des contextes de haute technicité.

L’infirmier au bloc opératoire : responsabilité, sécurité et environnement
Les revues infirmières internationales décrivent l’infirmier de bloc comme un acteur-clé de la sécurité chirurgicale. Selon Nursing Times : «Peri-operative nurses play a vital role in safeguarding patients who cannot advocate for themselves during surgery »¹ [Les infirmiers·au bloc jouent un rôle vital pour protéger les patients qui ne peuvent pas se défendre durant l’intervention chirurgicale.].
L’infirmier au bloc, indifféremment de sa spécialisation, est responsable: de la sécurité du patient anesthésié,
de l’environnement chirurgical, de la prévention des événements indésirables.
Cette responsabilité relève pleinement du nursing spécialisé. Comme le rappelait Florence Nightingale,
«the very first requirement of a hospital is that it should do the sick no harm»⁶ [La toute première exigence d’un hôpital est qu’il ne nuise pas aux malades.] et ça va dans le sens du plus connue mot latin « Primum non nocere »
[ en premier, ne pas nuire ] qui, contrairement aux croyances ne se trouve pas dans le serment d’Hippocrate.  Celui-ci parle plutôt de la bienfaisance de l’action médicale dans son traité sur les Épidémies.

Le nursing n’est pas une science médicale mais une science sociale de la santé
La littérature indexée dans CINAHL montre que le nursing mobilise principalement :
    * les sciences sociales,
    * la psychologie,
    * la sociologie de la santé,
    * la recherche qualitative et clinique.
Une revue de synthèse publiée dans CINAHL indique que :« Nursing science focuses on human responses to health and illness rather than on patho-physicology alone »⁷.[La science infirmière se concentre sur les réponses humaines à la santé et à la maladie plutôt que sur la seule physiopathologie.]
Cette distinction fonde une collaboration interprofessionnelle équilibrée avec la médecine, sans subordination disciplinaire.

IPA et spécialisations : innovation ou risque de fragmentation ?
Le modèle français distingue fortement les IPA des spécialisations historiques. Or, dans les pays anglo-saxons, la pratique avancée est conçue comme une évolution des rôles infirmiers existants, et non comme une rupture identitaire.
L’ICN souligne que :« Advanced practice nursing roles should strengthen, not divide, the nursing profession »⁸.
[ Les pratiques avancées de l’infirmier doivent contribuer à renforcer la profession infirmière, et non à la fragmenter.]  La création des IPA constitue une avancée majeure, mais sans évolution concomitante des spécialisations des soins critiques, elle peut produire : une hiérarchisation interne, une fragmentation de l’identité infirmière et une perte de lisibilité pour le public et les institutions.
La SFIAC envisage l’individuation des IPA des soins critiques pour reconnaître infirmier anesthésistes, de bloc opératoire, Infirmiers SSPI, REA et stroke-unit dans un contexte d’unité et lisibilité qui garantie au même temps les différents spécificités.  Une structuration cohérente suppose que même l’ordre soit reformé en fonction de:
    * un socle unique : infirmier responsable de soins généraux,
    * une organisation verticale des niveaux de responsabilité (dont IPA),
    * une sectorisation horizontale des champs (soins critiques psychiatrique, podiatrique,
gérontologique, santé publique; etc.).
Plusieurs publications anglo-saxonnes, reprises dans Nursing Times, montrent que l’intégration des soins critiques au champ des pratiques avancées améliore la sécurité et la continuité des soins¹.
En état, même si l’intention du législateur c’était de ne pas créer des nouvelle spécialisation, dans le sens classique tu terme ( c’est à dire un approfondissement en prévalence pratique), l’IPA est un étape de spécialisation avancé et renforcé. En conséquence la formation de l’IPA est développé en master 2 encadré par le procès de Bologne au deuxième cycle de l’Espace européen de l’enseignement supérieur . Sur le plan des compétences, il relève du niveau 7 du Cadre européen des certifications, caractérisé par des savoirs hautement spécialisés, des capacités à gérer des situations complexes et à assumer des responsabilités élevées en contexte professionnel ou de recherche. En tel sens l’IPA pourra être une vrais spécialisation dans un nouveau contexte.

idée de configuration évolutive du tableau de l'ordre

La particularité de l’évolution professionnel des infirmiers au bloc opératoire

L’évolution du métier d’infirmier de bloc opératoire révèle une tension persistante entre l’exigence de formation spécialisée et la capacité réelle du système français à la rendre accessible et soutenable. Alors que le sciences infirmiers contemporain s’inscrivent pleinement dans une discipline responsable, autonome et centrée sur le patient, la spécialisation IBODE demeure marquée par un parcours unique en Europe, long et difficilement compatible avec les réalités professionnelles. Les dispositifs transitoires successifs n’ont ni stabilisé juridiquement les pratiques existantes ni garanti l’égalité d’accès à la spécialisation, laissant perdurer hétérogénéité des compétences et insécurité juridique.Au niveau européen, les standards portés par l’EORNA définissent pourtant l’infirmier de bloc comme un expert opérant dans des environnements interdisciplinaires et formé au sein de situations cliniques réelles. La France, en dépit de ce référentiel commun, ne parvient pas à former un nombre suffisant de spécialistes au regard des besoins du système de santé, révélant un déficit structurel de politique publique. Cette situation se heurte aux principes de qualité et sécurité des soins, d’égalité d’accès à la formation et aux engagements européens en matière de reconnaissance professionnelle.
Dans une perspective cohérente avec les sciences infirmières et les pratiques avancées, plusieurs organisations professionnelles comme la SFIAC proposent désormais une voie alternative, modulaire et capitalisable, valorisant l’expérience et assurant une montée en compétence progressive. Une telle approche, alignée sur le cadre européen LMD et le principe de proportionnalité, permettrait de renforcer l’unité du nursing tout en garantissant la pérennité de la spécialisation IBODE. Elle répondrait, enfin, aux exigences du terrain : sécurité du patient opératoire, lisibilité des compétences et soutenabilité des parcours.

Le mot “responsable” s’est perdu dans la loi française
La disparition du mot “responsable” constitue un appauvrissement symbolique et juridique, révélateur d’une conception dépassée : sociologiquement inadaptée de la profession d’infirmier par le gouvernement français.
De la directive 2005/36/CE, l’Union européenne définit explicitement l’infirmier comme un professionnel responsable des soins généraux10. Cette qualification est affaiblie en droit français. L’OMS rappelle pourtant que « Accountability is a cornerstone of professional nursing practice »11 [la responsabilité professionnelle est une pierre angulaire de la pratique infirmière].
La perte du terme « responsable » entretient une vision ancienne de l’infirmier réduit à un simple exécutant, une image de l’infirmier figée dans celle de la « bonne sœur » des hospices, telle qu’on la retrouve à l’époque des Hospices de Beaune, à la fin du Moyen Âge.
Un choix lexical plus simple dans la transposition des textes européens — désigner la profession comme « infirmier », à l’image de la « sage-femme » — aurait suffi à préserver cette reconnaissance. On ne dit pas : « sage-femme de l’accouchement naturel » !
Si le mot « responsable » apparaît dans le droit européen, c’est bien que le législateur de l’Union reconnaît à l’infirmier la position d’une profession intermédiaire, et non d’une simple profession d’exécution. Si le législateur voulait raccourcir : Infirmier, c’était largement suffisant.

La contestation du terme « paramédical » s’inscrit dans une transformation profonde du nursing en France. Discipline scientifique, sociale et relationnelle, le nursing place le patient au centre, assume la responsabilité de la sécurité des soins et collabore avec la médecine sans y être subordonné.
Les infirmiers en pratique avancée (IPA) représentent une évolution majeure, à condition qu’ils s’inscrivent dans une vision unitaire de la profession et qu’ils intègrent les spécialisations, notamment en soins critiques. La reconnaissance linguistique, académique et institutionnelle du nursing constitue un levier essentiel pour la qualité des soins et l’attractivité de la profession d’infirmier, au bloc opératoire comme ailleurs.

AdL


* Références bibliographiques

 1  Nursing Times, Perioperative nursing and patient safety, 2018.
 2  Henderson V., The Nature of Nursing, Macmillan, 1966.
 3  International Council of Nurses (ICN), Definition of Nursing, 2010.
 4  WHO, People-centred health care, 2015.
 5  Rogers M., An Introduction to the Theoretical Basis of Nursing, FA Davis, 1970.
 6  Nightingale F., Notes on Nursing, 1859.
 7  CINAHL Review, Nursing science and human responses, 2014.
 8  ICN, Advanced Practice Nursing Toolkit, 2020.
 ç EORNA, Common Core Curriculum for Periperative Nursing, 2019.
10  Union européenne, Directive 2005/36/CE.
 11 WHO, Strengthening nursing and midwifery, 2016.

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